Comment aider un étudiant pendant cette crise ? SlalomPro – Lydia Levant-Bol

Les enquêtes sur les étudiants se multiplient et les chiffres sont alarmants… Le 26 février 2021, le Figaro Etudiant a publié un article qui donne les chiffres suivants, suite à une enquête.

Extrait de cet article :

L’étude montre que 60,6% des étudiants présentaient «des signes de détresse psychologique» en décembre 2020, au moment où ils ont répondu à un auto-questionnaire en ligne pour évaluer leur santé mentale. La part d’étudiants ayant «un soutien social faible» s’élevait à 22,7% et plus d’un étudiant sur deux souffrait d’un sentiment de solitude, selon l’enquête rendue publique ce jeudi 25 février. En outre, 38% des étudiants présentaient des symptômes d’anxiété et 23,2% des symptômes de dépression.

Après la diffusion de mon podcast sur la détresse psychologique des étudiants, plusieurs personnes m’ont demandé comment leur venir en aide de façon concrète. Si vous n’avez pas encore écouté ce podcast, je vous invite à le faire avant de poursuivre cet article. Cela vous permettra de mieux comprendre pourquoi ils sont dans cette détresse psychologique et les enjeux qu’il y a pour eux.

Première chose à connaître : le site internet mis en place par le gouvernement rassemble les actions, les associations et les mesures mises en place par académie, ainsi que les lignes d’écoutes téléphoniques d’urgence. Vous pouvez vérifier si les étudiants dans votre entourage ont bien eu connaissance de ce site et le leur communiquer si besoin :

https://www.soutien-etudiant.info/services-soutien

Lorsqu’un phénomène d’une telle ampleur se produit, il faut réaliser que les besoins vont se faire sentir à court, moyen et long terme.

Court terme : les besoins financiers, besoin de nourriture, de vie sociale, de réconfort, besoin de calmer les crises d’anxiété…

Moyen terme : aller jusqu’à la fin de l’année universitaire, tenir sur la durée, trouver un stage pour valider son année ou son diplôme, réussir à prendre une décision pour les mois à venir, reconstruire une vie sociale, et toujours les défis financiers pour certains

Long terme : Reconstruire une estime de soi, une construction de la vie adulte et de la vie sociale. saisir que sa propre identité n’est pas liée à la saison Covid, une insertion sociale et professionnelle,…

Aujourd’hui, on va voir comment agir à court terme, et comment y répondre en tant qu’individu, lorsqu’on n’est pas un professionnel, ni au nom d’une association ou d’un organisme.

Si vous connaissez des étudiants dans votre entourage (ou si vous avez réussi à connecter avec un étudiant afin de l’aider), voici quelques points à vérifier. Bien sûr : le faire avec sagesse, discernement, douceur et de façon apaisée… Ne soyez pas « bourrins », ils n’ont pas besoin de ça !

  • Vérifiez s’ils sont financièrement précaires, et si oui, s’ils connaissent les aides de leur Région (cf le site internet plus haut). Vous pouvez aussi leur payer de temps en temps leur panier de courses ou leur apporter des denrées alimentaires (attention, pour les produits frais : vérifiez avec eux la taille de leur frigo/congélo, souvent petit. Ce serait dommage qu’ils perdent cela).
  • Vérifiez comment sont les relations avec les parents, la famille et/ou si les parents n’ont pas perdu leur travail à cause de la crise.

Les 5 langages d’amour

    1. les paroles valorisantes/mots d’encouragements,
    2. les services rendus,
    3. les temps de qualité,
    4. les dons ou cadeaux et
    5. le toucher/contact physique.

Chaque personne est plus ou moins à l’aise avec un ou 2 langages (amour exprimé et amour reçu). Certains étudiants seront touchés par différents actes concrets. Voici quelques exemples.

Les paroles valorisantes : Encourager, consoler, avoir des paroles constructives. Passez un moment à échanger simplement, en laissant la conversation prendre le tournant qu’ils souhaitent.

Les services rendus : Aider à rédiger un CV ou une lettre de motivation, se renseigner sur les aides qui sont accessibles, aider un étudiant qui est dans une nouvelle ville qu’il ne connaît pas encore pour l’aider à se repérer, indiquer les meilleurs endroits bon marché pour faire ses courses. Ouvrez votre maison s’ils ont besoin de changer d’air et d’étudier ailleurs ou avec une meilleure connexion ou de meilleurs conditions de travail.

Les temps de qualité : Inviter un étudiant à venir manger un repas fait maison ( #InviteUnEtudiant ), ou prendre un repas à emporter et le manger ensemble dans un parc de votre ville, organiser une ballade, proposer une partie de foot dans un parc, cuisiner ensemble.

Les dons/cadeaux : Vous pouvez offrir un panier de nourriture ou de produits d’hygiènes. Lorsque vous faites vos courses, si devant vous ou derrière vous à la caisse, vous voyez un jeune étudiant seul et que vos finances le permettent, vous pouvez lui payer ses courses (ce sont rarement de gros paniers…) – à la boulangerie aussi, vous pouvez leur payer leur sandwich, leur café ou leur croissant.

Le toucher/contact physique : Nous sommes tous en déficit des contacts physiques. Comme nous l’avons vu dans le podcast, lorsque quelqu’un nous serre dans ses bras, nous touche, cela libère de l’ocytocine, l’hormone du bonheur. Par rapport aux gestes barrières et la distanciation sociale, chaque personne voit avec discernement ce qui est risqué ou non… Mais sachez que si ce langage d’amour est pour le moment « risqué » (ou socialement pas acceptable), il reste les 4 autres langages que vous pouvez « pratiquer ».

Ce type d’attention peut transformer une journée, changer leur regard sur eux-mêmes, voir qu’ils existent, qu’ils ne sont pas des fantômes. 

Et enfin, demandez-leur directement de quoi ils ont besoin, ce qui leur ferait plaisir ou leurs priorités. Ils n’oseront probablement pas répondre au début, mais au moins, vous envoyez le signal que vous êtes prêts à les aider ou leur rendre service.

Ci-dessus, une illustration qui montre comment on peut exprimer l’amour dans les 5 langages, autour d’un tacos.

Les mots d’encouragements/paroles valorisantes : ton tacos est délicieux.

Les services rendus : Je t’ai fait un tacos.

Les cadeaux : Tiens, voici un tacos.

Les temps de qualité : Allons manger un tacos ensemble (ou vous pouvez également cuisiner ensemble).

Les contacts physiques : Laisse-moi te serrer dans mes bras comme un tacos (un tacos, c’est fragile, il faut y aller avec douceur !)

Ecouter, écouter, écouter :

Ils ont besoin de parler. Mais la libération de la parole n’est pas simple. Ils n’osent pas parler de leur mal être. Ils n’ont souvent pas les mots, ou n’identifient pas clairement les émotions ressenties. Avoir ce qu’on appelle une « écoute active » permet de libérer la parole. L’écoute est le premier outil du psychologue. Ecouter, ça s’apprend.

Qu’est-ce que l’écoute active ?

    • C’est écouter en créant un lien de confiance
    • Rester la plupart du temps silencieux pour lui laisser la place, tout en lui montrant que vous êtes bien présents et que vous l’écouter toujours. Exemple : un hochement de tête, des « hum hum », « je vois », … Si vous décrochez, relancez-le : « pardon, peux-tu répéter ? », ou en demandant une confirmation de ce que vous avez entendu
    • Ne pas forcément répondre précipitamment pour apporter des solutions (ce n’est pas le moment)
    • Ne pas juger la personne
    • Interpréter ce que la personne dit ou tente de dire avec les mots qui lui sont accessibles, les non-dits ou le langage corporel ou non verbal.
    • Reformulez : vous répétez à la personne ce que vous avez compris de son message. Cela vous permet de montrer votre compréhension, et permet à l’autre de constater que vous avez bien écouté. Reprenez exactement les mots que la personne a utilisé. La personne, constatant que vous avez compris son état aura confiance en votre écoute.
    • Relancez : c’est ici un moyen pour vous d’obtenir plus d’informations. Par exemple, « lorsque tu dis que tu te sens abandonné, cela signifie quoi pour toi ? ». Le principe est de reprendre une phrase prononcée par la personne et de poser une question à ce sujet ou un mot précis. Cela permet de mettre des mots de plus en plus précis dans ce processus de parole libérée
  • Si vous en avez la possibilité, vous pouvez exprimer le sentiment perçu par la personne et que vous avez perçu. Cela lui permettra de voir qu’elle a été prise en considération telle qu’elle est, dans ses émotions. Par exemple : tu as peur de ton avenir si je comprends bien ?

Ce qui est important pour eux :

    • Etre rassuré que leur valeur n’est pas définie par une saison
    • Que, même si en France, le CV et les diplômes prennent une place trop importante, les gens travaillent avec des personnes et non des CV. Ils peuvent bâtir leur personnalité même avec un parcours « cabossé »
    • Leur estime de soi peut être reconstruite.
    • Que ces sentiments de mal être sont normaux dans cette période. C’est un mécanisme de défense que leur corps envoie pour montrer qu’il y a un déséquilibre (cf. le podcast qui explique cela)
    • Ils ne doivent pas s’associer au mot « Covid ». Ils ne sont pas la génération Covid

Plus tard, je pense que j’aborderais les effets sur le long terme, les conséquences et comment les aider à notre niveau.
N’hésitez pas à partager vos idées pour soutenir les étudiants sur les réseaux sociaux.

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