#15 : Doit-on vivre de sa passion ? Gérer les contraintes professionnelles.

By Blog

#15 Doit on vivre de sa passion ? gérer les contraintes professionnelles

Vivre de sa passion : Pour la suite de cette série autour de la question « Doit-on vivre de sa passion ? » nous allons nous pencher sur la superposition des contraintes professionnelles et l’expression de notre passion.

  • Nous allons voir l’exemple de Stromae
  • Ce que cela implique concrètement de soumettre sa passion à des contraintes professionnelles
  • l’influence considérable du modèle économique choisi sur sa passion
  • la transmission de sa passion
  • le message dilué des influenceurs digitaux qui se dorent la pilules au bout du monde

Durée d’écoute : 12’42

Les autres épisodes de la série sur « Doit-on vivre de sa passion ? » :

#14 : Doit-on vivre de sa passion ? Passions entonnoirs ou passions racines ?

#15 : Doit-on vivre de sa passion ? Gérer les contraintes professionnelles

#16 : Doit-on vivre de sa passion ? Quand la passion est associée à une cause

#17 : Doit-on vivre de sa passion vs. Faire vivre sa passion

Merci de vous abonner aux Podcasts. Vous pouvez nous suivre via l’app podcast de itunesDeezerStitcher ou sur Soundcloud, ou encore revenir sur le site internet. Vous pouvez aussi nous suivre sur Facebook, Instagram et Twitter.

Pour nous écrire, vous pouvez envoyer un mail à hello@slalompro.fr

Version article si vous n’aimez pas les podcasts (ou ma voix !!)

On poursuit notre série sur la passion. « Doit-on vivre de sa passion ? ». Je vous invite à écouter l’épisode 14 qui est le premier podcast consacré à cette série. On parle de :

  • l’identification de sa passion
  • de la distinction entre les différents types de passions : les passions entonnoirs et les passions racines
  • les questions de maturité et de timing

L’exemple de Stromae

Après de longs mois d’absences, le chanteur Stromae s’est exprimé sur cette période sombre qu’il a passée. Après des années intenses et un succès fou, il a fait un burn out. La reconstruction lui a pris des mois. Et dans un interview, il explique que : « les concerts étaient devenus un vrai métier ». Et les tournées à un rythme effréné ont été un des facteurs de son burn out. Maintenant, il s’est coupé de toutes obligations et tout contrat qu’il ressent comme une pression : plus de maison de disque, pas de planning de tournées et il se sent libre. Il va continuer à vivre de sa passion mais de façon différente.

Aujourd’hui, il préfère avoir une relation avec sa passion avec le moins de pressions professionnelles. Pour lui, les concerts étaient devenus une pression professionnelle. Il vit différemment sa passion.

L’exemple de Stromae est très parlant, mais en même temps, je le sais, très loin de nos possibilités à nous ! Quand on a les possibilités financières d’un artiste renommé, on peut se permettre de faire le tri dans les activités. Mais est-ce possible pour tout le monde ? ou à tout moment – ou pour toutes les passions ?

Au niveau du statut professionnel, vous pouvez être :

  • employé par une entreprise qui vous permet d’exercer dans le domaine de votre passion, ou bien
  • être à votre compte (entreprendre en solo ou faire grandir une entreprise avec des partenaires).

Les contraintes seront différentes selon le statut. Avec pour chacun d’eux, des avantages et des inconvénients.

« Vivre de sa passion » : ce que ça implique réellement !

Quand on parle de « vivre de sa passion », ça veut dire que l’exercice de notre passion constitue la principale source de nos revenus. Si c’est possible pour certains, ça ne l’est pas pour tout le monde. Certains peuvent en vivre, d’autres peuvent en retirer des bénéfices de façon plus ou moins régulière, et pour d’autres, il est préférable que la passion n’évolue que dans une sphère personnelle. Voici différents points qui pourront vous indiquer si vous êtes prêts à superposer pression professionnelle et passion ou non. Ou bien si vous préférez attendre une saison plus propice pour le tenter.

Les compétences annexes

Lorsque l’on souhaite monter une entreprise dont l’activité principale découle de sa passion, c’est une chose d’être compétent dans son domaine. C’en est une autre d’être gestionnaire d’une entreprise et c’est encore autre chose de savoir se vendre. Et c’est pareil pour tout projet d’entreprise. Etre bon dans son domaine ne suffit pas. Il faut être bon gestionnaire, savoir ce qu’on délègue à des prestataires, savoir se vendre et être commercial. C’est vrai, après tout : quelle valeur pécuniaire a l’exercice de votre passion pour les autres ?

Lorsque l’on est entrepreneur, on consacre une bonne partie de son temps à des tâches annexes mais essentielles au développement d’une entreprise. L’entrepreneuriat n’est pas forcément la première solution pour développer une passion. Vous allez plutôt développer d’autres compétences, qui vous feront aussi grandir. Si vous jugez que la gestion d’une entreprise, l’administratif et la pression financière vont plus vous ronger qu’autre chose, mieux vaut être employé dans une entreprise où vous pouvez quand même exercer votre passion. Ou faire un autre job et pratiquer votre passion en dehors de la sphère professionnelle. Vous pouvez également vous associer avec un partenaire qui sera le gestionnaire de l’entreprise, et vous, la personne qui développera le cœur même de l’entreprise. Ca dépend également où vous placez votre propre curseur d’épanouissement et quelles sont vos priorités aujourd’hui et sur du long terme.

La passion désacralisée

Je pense également que si l’on souhaite vivre de sa passion, il faut prendre du recul sur sa relation à sa passion et ne pas la sacraliser. Je pense par exemple aux artistes, ou à ceux qui déclarent fortement qu’ils vivent littéralement pour leur passion ! Les musiciens qui doivent enchaîner des cachets et qui se retrouvent à jouer des musiques qu’ils n’aiment pas dans des endroits qu’ils n’aiment pas. C’est souvent le prix à payer au début. Le luxe de refuser des prestations pour de meilleures vient après. Mais en attendant est-ce qu’on peut payer le prix ? Certains oui, d’autres non. Et il n’y a pas de jugement à ce sujet, mais juste le constat que certains peuvent évoluer de cette façon et d’autres non.

Never, never, never give up !

Autre exemple, les personnes qui travaillent dans l’audiovisuel. Avant de bosser sur le prochain film à succès, il faut bosser sur les pubs de dentifrice et de lessive… Et persévérer. Avant d’avoir sa propre ligne de vêtements il faut passer du temps à faire des retouches chez une autre styliste déjà établie. Et apprendre à calculer les coûts de revient de la conception d’un vêtement, négocier les prix avec les fournisseurs, et penser à la distribution… Toutes les tâches à faire avant que votre vêtement soit réel nécessitent d’autres compétences.

Est-ce le bon moment d’investir dedans ? Ou finalement, mieux vaut continuer à coudre pour soi-même et pour offrir, sans pression ? Sans se soucier des charges et des salaires à verser à la fin du mois. Ou au contraire, les compétences transversales à développer vous attirent autant que votre passion, vous avez financièrement préparé vos arrières et vous êtes prêts à faire des sacrifices ?

Modèle économique et statut juridique

Le choix du statut juridique et du modèle économique de votre entreprise joue un rôle important et influencera les contraintes liées à l’exercice de votre passion. Cette étape n’est pas à négliger et trouver conseils auprès des professionnels comme des experts comptables, mais aussi auprès des personnes qui sont déjà passées par là est judicieux. Pour reprendre l’exemple de la pâtissière de l’épisode précédent, une pâtissière qui a un local dédié à la confection de ses gâteaux n’aura pas la même pression financière selon la taille et le loyer de son local. Si vous souhaitez juste faire des gâteaux et les livrer ou si vous voulez faire les gâteaux, les exposer en vitrine pour les vendre directement dans ce lieu, ou encore accueillir du public pour des ateliers. La pression n’est pas la même, les possibilités ne sont pas les mêmes et le modèle économique non plus.

Les passions « sensibles »

Distinguer également vos passions « sensibles ». Vous êtes passionnés par les animaux. Les débouchés sont rares dans ce milieu. Mais est-ce que travailler dans une clinique vétérinaire sera épanouissant pour vous ? Est-ce que vous allez supporter de côtoyer quotidiennement des personnes qui n’attribuent pas la même valeur aux choses que vous ? Des familles qui ne traitent pas leur chien de la même façon que vous ? Et si votre passion, c’est les enfants, comment gérerez-vous les parents qui n’ont pas la même approche éducative que vous ? Des élèves à qui les parents payent chers des cours de musiques alors que eux s’en fichent complètement ? Si votre passion touche votre sensibilité, vous devez veiller à comment vous allez gérer cela.

Transmettre sa passion : bonne ou mauvaise idée ?

D’ailleurs, une des voies qui est souvent choisie pour vivre de sa passion, c’est de l’enseigner. Les sportifs deviennent profs de sports, les musiciens enseignent la musique, les scientifiques enseignent les sciences. Sur ce point, j’ai des réserves. Si vous souhaitez transmettre votre passion pour la littérature, il faut autant de passion pour l’enseignement que pour la littérature en elle-même. Est-ce qu’il y a beaucoup de prof de sport réellement épanouis ? Est-ce que tous les musiciens s’éclatent vraiment quand ils passent une heure avec un gamin devant son piano ? Enseigner à une classe ou à quelqu’un demande beaucoup de patience et de maîtrise de soi.

Etre doublement passionné

Avant de pouvoir communiquer sa passion, il faut attirer leur attention, faire de la discipline et trouver votre style en tant qu’enseignant. A côté de cela, il faut préparer les évaluations, les exercices et corriger les copies. Il faut avant tout être passionné par l’enseignement et la transmission. Ce sont des métiers où l’autre passe en priorité. C’est pas dans ce contexte que vous allez vous-mêmes faire du sport, faire de la musique que vous aimez réellement ou que vous serez intellectuellement stimulés dans les domaines scientifiques. Je me souviens d’un prof d’arts plastiques au collège qui détestait les enfants. Il était odieux, horrible et humiliait les élèves. Ca sentait l’artiste frustré et aigri de n’être pas reconnu en tant qu’artiste. Mais pour rester dans sa passion, il a choisi de l’enseigner. Conséquences : il a fait détester l’art à beaucoup d’élèves.

Influenceurs, Storytelling & marketing à paillettes…

Pour finir, je vais parler des tendances et des modes actuelles. Ces modes influencent beaucoup les désirs de certaines personnes. Les influenceurs digitaux envoient beaucoup de messages séducteurs. Les bloggeurs et les YouTubeurs qui font des vidéos à l’autre bout du monde en clamant haut et fort :  » je vis de ma passion et ça me permet d’être libre et de travailler où je veux et quand je veux. Si toi aussi tu veux vivre de ta passion, je te dis tous mes secrets. Pour cela inscrits toi à la formation… » bref … Vous voyez où je veux en venir ? Là, je vais parler de ceux qui vivent dans des endroits paradisiaques : Bali, Thaïlande, Vietnam.

Vivre de sa passion… mais moins cher !

D’après vous, pourquoi ils sont là bas ? Parce que ça ne coûte pas cher d’y vivre. Donc oui, ils vivent de leur passion, mais ils vivent dans des endroits où 600 ou 800€ suffit très largement pour bien vivre chaque mois et seul. Ils sont souvent célibataires et surtout, sans enfants. C’est bien, ils vivent de leur passion. Cependant, ils la vivent seul, et là où ça coûte moins cher !

C’est un choix de vie et ils ont raison d’en profiter… mais il y a des limites au storytelling et ne pas faire miroiter des choses à tout le monde. Il faut replacer tout ça dans le contexte réel et voir quelles sont leurs contraintes financières. Elles ne sont pas aussi élevées qu’en Europe. Donc si vous souhaitez vivre de votre passion pour avoir une vie de pacha au soleil, voyez si votre passion peut se pratiquer via internet et si vous voulez vivre uniquement à dans des endroits où le coût de la vie est très bas.

Je vous laisse sur ces réflexions, que vous soyez à la plage ou dans un bureau ! Je vous donne RDV pour la suite de cette série !

Mots clés :